Traitement des eaux usées : une source de richesse inexploitée?

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Traitement des eaux usées : une source de richesse inexploitée?

Posté le 6 juillet 2017 par Equipe Rédaction
Posté dans Eau et assainissement au Canada, eaux usées, Questions d'exploitation,

Cordell Samuels

 

Cordell Samuels a un message qu’il veut faire passer à tous les professionnels de l’assainissement de l’eau à travers le monde : les eaux usées sont une source de richesse inexploitée.

Samuels, dont les 32 ans de carrière dans la gestion de l’assainissement de l’eau ont été couronnés par un mandat de Président de la Water Environment Federation en 2012-13, est convaincu que les gouvernements ont une vision erronée du processus de l’assainissement des eaux depuis bien trop longtemps.

“Nous devons totalement repenser notre façon de considérer les eaux usées,” dit Samuels. “Nous devons cesser de ne prendre en compte que le coût de la gestion de l’assainissement et commencer à y voir des opportunités en terme de récupération d’énergie et autres.”

Samuels se souvient qu’en début de carrière, lorsqu’il travaillait à l’usine Ashbridges Bay de Toronto, il avait vu des cendres d’incinération être transformées en briques. C’est là qu’il avait réalisé pour la première fois que la valeur des eaux usées n’était pas totalement reconnue ou comprise.

Traitement des eaux usées, ressources inexploitées

Pour ce qui est du présent, Samuels constate que le potentiel de conversion en énergie des biosolides et/ou du biogaz représente une formidable opportunité.  Cette énergie pourrait ensuite être utilisée soit pour alimenter la station d’épuration, soit être revendue à un réseau électrique et ainsi compenser les coûts énergétiques.

Samuels n’hésite pas à dire que l’idée de créer une sorte de système en circuit fermé en termes de production et de consommation d’énergie est autant une idée ancrée dans le passé qu’une façon de regarder l’avenir. Il cite en exemple son expérience à la station d’épuration Humber Treatment Plant de Toronto, où l’aération fonctionnait grâce à l’énergie produite par l’usine. Il aimerait que les municipalités se tournent vers la récupération, la production et la valorisation de l’énergie. Cette approche présenterait aussi l’avantage d’avoir un impact écologique positif, si l’on considère que, de toute façon, les biogaz sont habituellement brûlés.

Si l’on veut trouver un exemple dont s’inspirer, Samuels suggère de regarder du côté de la Californie où de nombreuses nouvelles initiatives de récupération d’énergie ont vu le jour dans les stations d’épuration. Par exemple, la station d’Oakland, East Bay Municipal Utility District, a une capacité de production de 11 mégawatts générés par du biogaz, soit une capacité supérieure aux besoins de l’usine. L’énergie excédentaire produite est alors revendue, ce qui procure des revenus supplémentaires et des économies à la municipalité.

Tout le monde à bord “du bus au caca”

A Bristol, en Angleterre, une flotte grandissante d’autobus municipaux roule désormais au bio-méthane issu de stations d’épuration. Ces bus, gentiment surnommés « Bus au caca », apportent à la ville une notoriété internationale par leur approche innovante et l’utilisation d’un produit dérivé naturel du traitement des eaux usées.

Pour Samuels, les eaux usées présentent encore une autre source d’intérêt : la récupération et la réutilisation du phosphore. Les besoins en phosphore de l’homme sont indéniables mais les gisements de phosphate, dont on l’extrait, sont limités. Lorsqu’il n’est pas récupéré, le phosphore contenu dans nos urines et fèces est rejeté dans nos réseaux d’eaux usées, ce qui peut ensuite entraîner des problèmes environnementaux, comme le développement d’algues.

Si l’on récupérait le phosphore avant de rejeter les eaux usées, on pourrait en tirer des avantages écologiques et économiques. Samuels souligne que dans des régions comme Chicago et d’autres collectivités territoriales des Etats-Unis, on commence à en prendre conscience, mais c’est un potentiel encore en grande partie inexploité.

Cordell Samuels a maintenant pris sa retraite, après un dernier poste de directeur d’usine dans la municipalité régionale de Durham, à l’est de Toronto. Sa passion et son désir de changer les mentalités des municipalités à l’égard de la gestion des eaux usées reste toutefois indéniable et indéfectible.

Partagez vos exemples de récupération de ressources des eaux usées avec la communauté.

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L'équipe de rédaction FluksAqua est à l'affût des dernières nouvelles dans le domaine de l'eau et partage des articles relatant de l'actualité pour les opérateurs.